La Flotte, commune authentique

Posté le 24 juillet 2015

Il était une fois… la mer s’arrêtait devant les dunes où est construit le village artisanal et commercial de la Croix Michaud. Certains se souviennent du marais qui n’était pas encore entièrement asséché et des dunes où étaient cultivées quelques vignes et où poussaient des pins servant de jeux aux enfants du quartier.

01 Fort de La Pre¦üe

Malgré l’absence de textes, il est possible d’affirmer que les premières « habitations » sont apparues sur les hauteurs qui entouraient cette baie : les hauteurs de Bellevue et de Beauregard et celles de la Touche et de la Clavette.

En effet, à la fin des années 1800, « en effectuant des travaux de construction et de terrassement dans plusieurs maisons, rue du Puits Lizet… on a mis à découvert des sépultures très anciennes paraissant provenir de l’époque gallo-romaine… des pots… des coupes… des plats… des médailles et monnaies… »

– Baptiste BERNARD, Monographie de la commune de La Flotte. 1914).

 03 Abbaye et paille

Plus récemment, lors de travaux effectués à l’ensemble scolaire de la Clavette, des vestiges gallo-romains ont été également mis à jour. Avec le développement de l’agriculture sous l’impulsion des moines cisterciens de l’Abbaye Notre Dame de Ré, dite Abbaye des Châteliers, des fermes importantes furent édifiées sur les hauteurs de Beauregard et de la Touche. Au fur et à mesure des besoins, des constructions furent édifiées le long des chemins vicinaux qui bordaient les champs ou qui conduisaient au havre maritime. Des quartiers virent le jour : Beauregard, Puylizet, La Touche, etc. Pour les besoins commerciaux des paysans, un commerce se développa. Des négociants, des armateurs se sont installés autour du havre. Un port fut construit par M. SENAC de MEILHAN. C’est le long de ce domaine maritime que furent construites les belles demeures des armateurs et de négociants. Aussi, à La Flotte, la notion de village s’inscrit dans un objectif de cohérence et de respect des fondements historiques : la Flotte est un modèle de village rétais : compact, nettement délimité par son contour en « amande », il est structuré par l’axe est-ouest autrefois traversant et nord-sud. Le bâti y est implanté à l’alignement, avec des coeurs d’îlots constitués de cours et jardins. La centralité du village se développe sur le Port, autour du marché, de la mairie et de l’église.

Le village comporte plusieurs pôles historiques : l’abbaye, le port, l’église ; mais c’est autour de son port, entouré de belles demeures que s’est développé le coeur animé de la commune.

 Cours OUEST

 

L’Abbaye des Châteliers

 le phare

Achevée en 1156 dans la tradition romane, l’Abbaye des Châteliers subit de nombreuses reconstructions dues à des attaques successives. En 1294, elle est entièrement détruite par des pirates. En 1388 puis en 1462, les Anglais l’attaquent et la démolissent, elle est alors reconstruite en style gothique. Enfin, elle est endommagée par les protestants en 1574.

Lassés, les moines abandonnent le site qui servira ensuite de « carrière de pierres » pour la construction du Fort de la Prée en 1625.

La même année, les revenus de l’abbaye sont donnés à la congrégation de l’Oratoire Saint-Honoré de Paris. Dès lors, les bâtiments ne serviront que de chapelle dédiée au culte de Saint-Laurent.

À la Révolution, l’abbaye devient bien national : la commune de La Flotte récupère ses vestiges dès 1795.

De 1828 à 1960, le mur de la façade, peint en noir et blanc, sert d’amer aux navigateurs qui fréquentent les pertuis.

Classée Monument Historique en 1990, Notre-Dame-de-Ré, dite l’Abbaye des Châteliers, est le plus vieil édifice religieux de l’île de Ré.

 Mare¦üe haute

Le fort de la Prée

Les passages entre l’île de Ré et l’Aunis s’effectuant à partir de port Chauvet, il était logique d’y créer un point fortifié lorsque les guerres de religion obligèrent la royauté à défendre la région ; c’est ainsi que pour reprendre en main la ville de La Rochelle passée au parti huguenot, le roi de France, en 1625, décida de reconquérir l’île de Ré défense avancée de La Rochelle. Le 15 septembre, tandis que la flotte royale mouillait devant Saint Martin et bloquait dans la fosse de Loix la flotte protestante, Jean de Saint Bonnet, seigneur de Toiras, opéra une descente aux Portes et reprit l’île. Nommé gouverneur, Toiras voulut s’assurer d’un point de liaison avec le continent bien défendu et fit ériger un fort au lieu-dit la Prée.

Ce fort de la Prée, construit en un an grâce aux corvées (réquisitions de la population de La Flotte), avec des pierres provenant de l’abbaye des Châteliers, se présente sous la forme d’une étoile à quatre branches constituée donc de quatre bastions reliés par de petites courtines en demi-cercle concaves, ainsi que de logements, magasins, chapelle et port entièrement réalisé en pierre de taille. La falaise est revêtue du même parement de part et d’autre du fort.

En 1627, le duc de Buckingham, envoyé à la tête d’une flotte de 8 000 hommes au secours de La Rochelle assiégée par Richelieu, jette l’ancre devant Saint Martin le mardi 20 juillet. Il bombarde la citadelle et le fort de la Prée puis débarque le jeudi 25 juillet à Sablanceaux. Vainqueur des 200 cavaliers et 700 fantassins de Toiras, il campe à la Flotte le 28 juillet. Il y installe des compagnies formées de Rochelais et va le lendemain prendre le bourg de Saint-Martin et mettre le siège à la citadelle où Toiras s’est enfermé.

Le 17 octobre 1627 : 7 barques chargées de vivres, de munitions et de quelques soldats forcent le blocus naval anglais et arrivent jusqu’au fort de la Prée qu’elles ravitaillent ainsi pour six mois.

Au 28 octobre 1627, c’est plus de 1 300 hommes armés, embarqués à l’anse du Plomb, qui auront débarqués au fort de la Prée. Il n’y a pas assez de logements dans le fort et plusieurs compagnies campent dans les fossés.

Le 6 novembre 1627 : après une dernière tentative infructueuse pour prendre la citadelle, assiégée depuis trois mois, Buckingham apprend que la garnison de la Prée accourt au secours des assiégés. Pour ne pas être pris à revers, il ordonne un repli vers Loix et l’embarquement de ses troupes. Mais poursuivi et harcelé, sa retraite se transforme en véritable déroute.

Le 28 octobre 1628 ce sera la capitulation de La Rochelle et la décision du roi de raser la citadelle de Saint Martin. Seul le fort de la Prée subsiste mais il est alors jugé trop petit et en 1664 il est agrandi d’une nouvelle enceinte et de nouvelles casernes pouvant ainsi loger 900 hommes.

Avec la visite de Vauban en 1681 le fort est déclaré « fort d’opérette » car il ne peut loger et surtout pas abreuver (absence de puits) la garnison qui serait nécessaire pour assurer la défense du développement des enceintes. Tous les dehors seront rasés et le fort perdra de son intérêt militaire au profit de la forteresse construite à Saint Martin.

En 1934 le fort est déclassé même si les Allemands l’utilisent encore pendant la dernière guerre.

Aujourd’hui le fort de la Prée, classé à l’inventaire supplémentaire du patrimoine, appartient au CNOSAP (Comité National des Oeuvres Sociales de l’Administration Pénitentiaire) qui en assure l’entretien et l’exploite auprès du public.

 placette

Le port

Le port actuel est né de l’évolution au cours des siècles d’une dépression naturelle qui pénétrait loin à l’intérieur des terres. Dans ce bassin les anciens avaient fait un mouillage dont les talus naturels des berges furent progressivement aménagés, notamment en 1586, pour disposer de quais constitués de pieux de bois fichés dans le sol ; l’habillage de la chaussée étant réalisé à bon compte en employant les galets servant de lest aux navires marchands. Ces galets furent ensuite remplacés par des blocs de granit équarris appelés « Pavés du Canada », dès la création de la Nouvelle France au tout début du XVIIe siècle.

Comme tous les ouvrages de bois soumis à l’action périodique de l’eau de mer, les quais se sont progressivement détériorés si bien qu’au début du XVIIe siècle le port est signalé ruiné. Vers 1765, devant le développement des activités commerciales, l’intendant de Louis XV, Gabriel Sénac de Meilhan, décida de remettre le havre en état, en utilisant cette fois la pierre de taille pour les parements verticaux et bordures et les pavés et galets de lest pour le revêtement des chaussées. Il fit protéger de la houle du Nord ce bassin sensiblement rectangulaire par deux petites jetées. Il créa un petit bassin annexe, dont il ne reste pas trace, qui se trouvait au milieu du quai Est (emplacement de l’avenue de la Plage) pour faciliter la manœuvre des plus grands navires.

Au début du XIXe siècle un avant-port fut créé. Pour cela, un môle épousant la forme d’un « S » fut édifié en pierres de taille entre 1840 et 1843, complété par une tour de 9 mètres équipée d’une lanterne en 1848.

Repas sur le port